3 ans

Publié le par becassinechezheidi.over-blog.com

Voilà trois ans je débarquais valises, cartons et  illusions en Suisse alémanique. Après la découverte immédiate du quartier, je me suis aventurée sur des terres inconnues qui n'étaient pas que des forêts, champs et montagnes mais parfois aussi des supermarchés, il fallait bien se nourrir...

Tout a été un apprentissage, parfois amusant d'autres fois beaucoup moins. Les médecins,... les poubelles, toutes ces différences qui sont de vraies singularités régionales et peuvent vous plonger dans un grand désarroi. Et encore, ici on ne mange pas du chien !

J'ai fait aussi de jolies rencontres humaines de Français et d'autochtones. Certaines Françaises, oui car ce sont toujours les femmes qui perdent pied dans ces cas-là, sans doute parce qu'elles ont du abandonner parfois leur travail, toujours leurs amis et leur famille, m'ont racontée leurs difficultés communes à s'intégrer. Les 3 premières années  ont souvent été les plus difficiles. Pour les anciennes, celles qui sont là depuis près de 10 ans(ou plus), la plupart se revendique franco-suisse et dans certains cas elles abandonneraient volontiers leur nationalité de naissance pour devenir suisse.

Cela reste une énigme pour moi, même si désormais j'attribue de vraies qualités à mes hôtes, ils ont également leurs défauts, tout comme j'ai mes travers de françaises, alors comme l'adoption de l'un n'annulera pas l'essence de l'autre, je ne voudrais pour rien au monde que mes tares se cumulent aux tares helvètes, ce serait trop détestable!  
Je m'interroge néanmoins sur la valeur donnée à notre nationalité, c'est un héritage de plusieurs générations, des valeurs transmises en plus d'une langue et d'habitudes culturelles, une histoire commune sur un même territoire. Nos fondations sont celles de notre patrimoine, une vieille bâtisse que l'on rénove, que l'on entretient pour transmettre ce qu'il y a de meilleurs en nous.
Alors bien sûr, pour ceux qui ne remettent plus un pied dans le pays de leurs aïeux, pour qui tout cela appartient définitivement au passé et qui veulent vivre et finir leur vie dans cette nouvelle patrie, tout cela a un sens... 

Mais la Bécassine que je suis se sentirait une véritable usurpatrice si je me travestissais en Heidi. Car mon pays n'est pas en guerre même si quelques bretons en pleine jacquerie mettent le feu aux choux, aucun tsunami, même l'ex vague rose, n'a définitivement englouti nos contrées, rien ne justifie alors, que je demande asile!

Je suis là, le temps d'un contrat, et m'appliquerai à donner le meilleur de moi-même pendant cette période indéterminée puis je rentrerai chez moi.

D'ailleurs, nombreux sont les retraités suisses à quitter leur pays  pour vivre une paisible retraite sous d'autres tropiques et ce n'est semble-t-il pas la douceur helvétique qui les y retient. Quant au goût de l'aventure pour des sexagénaires, il doit être tout relatif et la réalité est plus cruellement économique. Être le riche d'un pays plus pauvre a aussi des avantages qui font parfois oublier le mal du pays.      

 


Mais pour en revenir aux prétendants  à la nationalité suisse, je vous affirme que leur chemin de croix est long et qu'il n'aura pas suffit d'avaler chaque matin un bol d'Ovomaltine, d'arroser ses repas de Rivella, de manger du Cénovis et de sucer des bonbons Ricola pour être des leurs. Non les faiseurs de Suisse, c'est une véritable armée qui va enquêter sur votre moralité, vous devrez passer un véritable examen écrit et oral dans lequel on testera vos connaissances linguistiques, historiques, économiques, politiques, culturelles du pays d'adoption. Et si vous passez brillamment ces épreuves il ne vous restera alors plus qu'à payer...
D'ailleurs une série humoristique des années 70 retrace le douloureux parcours des demandeurs
http://www.dailymotion.com/video/xbag52_les-faiseurs-de-suisses-part-1-6_news

Publié dans made in suisse

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Laurence 16/11/2013 06:45


Dans 3 semaine premier entretien pour nous ... !

Lisa 15/11/2013 13:59


Tu es plus que récréative, car on ne trouve pas facilement un humour aussi caustique en suisse allémanique ! ;)

Lisa 15/11/2013 09:55


Voilà un très beau témoignage, dans lequel je me reconnais. Il y 2 ans, j'ai dû moi aussi quitter travail, famille et amis... Je fais de mon mieux pour m'intégrer dans mon pays d'accueil et y
être intégré à mon tour. Tu m'annonces que les 3 premières années sont les plus difficiles ; je tacherais de tenir le coup!


Même si je ne te vois pas aussi souvent que je le souhaiterais, je tiens à te remercier, car c'est entre autres grâce à toi que j'ai trouvé mes marques ici.

becassinechezheidi.over-blog.com 15/11/2013 13:07



Lisa tu es la plus suisse des françaises que je connaisse, tellement impliquée dans l'apprentissage des moeurs et coutumes locales, même si tu as un bon professeur tu restes une élève exemplaire,
je ne suis que ta cour de récréation, mais ça me plaît!


biiiiiiiiiiiiiiiz